mes Marcial di Fonzo Bo, les lucioles. Au Théâtre de la Bastille jusqu'au 15 mars
Marcial Di Fonzo Bo(interview) met en scène la farce âpre et drôle de Copi et se glisse dans la robe d'Evita. Tandem iconoclaste pour déboulonnage en règle.
Agonie qui n'en finit pas
La musique alterne Piazzola et Chostakovitch. Le temps s'étire un peu, sans doute pour figurer une agonie qui n'en finit pas. Dans un décor à strates, les néons montent et descendent, faisant passer de l'ombre à la lumière. Un monde de fantômes presque iréel et ponctué d'images fantasmatiques, où se mêlent soumission et pouvoir, cause féminine, sexe et mort. Troublant.
Copi écrit sa pièce en 1969, pendant l'exil. Longtemps interdite en Argentine, elle est pour la première fois créée en France par le TSE d'Alfredo Arias en 1970. Depuis quatre ans, c'est Marcial di Fonzo Bo (itw) qui l'explore. L'un des initiateurs du collectif des Lucioles, passionné par l'œuvre de son compatriote, disparu en 1987, s'y attèle tant et si bien qu'elle fera l'objet d'un hommage global au festival d'Avignon 2006. Là, aux côtés d'Eva Peron, on retrouvera La tour de la défense, Loretta Strong et une exposition de dessins de Copi, le créateur argentin dont il dit : « C'est comme un grand frère dont je me sens très proche, même si on ne s'est jamais connus. »
De Copi, l'acteur fétiche de Rodrigo Garcia partage en effet la furieuse impertinence, doublée d'une véritable élégance, et un théâtre sans cesse sur le fil entre légèreté et cruauté. Il sert admirablement l'univers profond et la langue de l'auteur, subtile derrière la simplicité apparente.
Et sans doute est-ce parce que dans cette Eva Peron là, il endosse le rôle-titre après plusieurs changements de distribution, que l'alchimie fonctionne si bien. Il faut la voir, il faut l'entendre, cette créature flanquée d'une longue chevelure blond platine, tour à tour hurler sa rage et sa douleur, et minauder pour obtenir des autres ce qu'elle veut.
Travestissement
Ici, comme souvent chez les Lucioles, le travestissement est règle : Marcial Di Fonzo Bo, bête de scène dans la peau d'Evita, Pierre Maillet, réjouissant, dans celle de sa mère. Encore Elise Maillet, l'infirmière, qui cache sous sa robe un sexe d'homme.
Perruques et postiches se partagent la vedette. Mais le travestissement est aussi ailleurs. Et contre toute attente, la diva, officiellement morte à 33 ans, renaît de ses cendres pour une vaste imposture.
La sainte des uns était la putain des autres, la madone des sans chemises - qui se prend à rêver, ici, de donner au bon peuple la retraite à 50 ans et l'avortement gratuit ! - était aussi superficielle.
Un flou artistique certain entoure la vie... et la mort de celle qui, avant de s'éteindre, aurait glissé : « Tout a été dit sur Evita ou peut-être tout reste encore à dire ». Copi s'est engouffré dans la brèche et Di Fonzo Bo à son tour, pour nous offrir une farce âpre et violente, un uppercut grinçant et drôle, dont la force, au Théâtre de la Bastille tient aussi à la proximité de la scène.

Eva Peron de Copi
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mes Marcial Di Fonzo Bo, Théâtre des Lucioles
Au Théâtre de la Bastille (Paris, XIe) jusqu'au 15 mars, puis au festival d'Avignon (du 6 au 27 juillet).
Sur le web
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