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Quand le message est le média... Les arts médiatiques (ou Media arts en angl.) font des médias (radio, télé, web..) et des moyens de télé-communication (téléphonie, télé-satellite, réseaux...) leurs terrains de prédilection. Critiques, subversifs, polémiques, ou simplement ludiques, les artistes s'ingénuent à en détourner les codes, à en montrer les logiques économiques et/ou idéologiques. Florilège d'actions éphémères, d'oeuvres collectives ou de ressources critiques, essentiellement en ligne.
Triny Prada et la justiceArtiste franco-colombienne, invitée du festival Vidéoformes à Clermont-Ferrand, Triny Prada a fait les frais, le 12 mars dernier du zèle de policiers clermontois.
La scène, malheureusement trop banale depuis plusieurs mois, est relatée en détails par Loiez Deniel, président du festival, et la version de Gabriel Soucheyre, présent sur les lieux, apparaît elle aussi dans les commentaires de l'article. Plus important que tout, le témoignage vidéo de Triny Prada vient d'être mis en ligne [MAJ 18/03 : en streaming, c'est encore mieux.]. A la lecture et à l'écoute de ces récits détaillés, on se souviendra bien sûr des grands shows médiatico-démocrates où le candidat Sarkozy, alors Ministre de l'Intérieur, répondait sèchement à un jeune homme accusant les forces de police de violences. A l'époque, les propos du ministre étaient sans ambiguïté, et condamnaient avec fermeté ces comportements, promettant même de s'occuper de ces affaires personnellement... si les faits étaient vérifiés. [Le compte-rendu de l'émission par un militant UMP sur ce site en faisait d'ailleurs largement mention.] A-t-on entendu, depuis, à quelles enquêtes ces plaintes publiques ont mené ? Bien sûr que non. Attaquer frontalement une présumée victime, pour enfin ne pas donner suite à ces promesses de justice avait (et a eu) un seul objectif simple, médiatiquement parlant : changer le témoignage en "on dit" et le témoin en menteur. Aujourd'hui pourtant, avec l'affaire Triny Prada, qui survient à peine une semaine après un autre incident du même genre, les victimes ne sont plus de simples "racailles de banlieue" molestées et humiliées, mais des artistes d'un côté, et des étudiants de l'autre. Mauvaise pioche pour les policiers zélés mis en cause, puisqu'une plainte sera en effet déposée auprès du procureur de la République à Clermont. On pourrait se rejouir de ces démarches, tout en souhaitant que la justice autorise encore des recours contre des forces de l'ordre indélicates, mais comme on vient de le dire, il s'agit là d'artistes, intégrés à la vie de leur cité et de leur pays, socialement fréquentables et dignes de confiance a priori. Mais qu'en est-il des autres ? De tous ceux qui sont victimes des mêmes abus mais ne possèdent pas la stature sociale suffisante pour leur permettre d'être de bonne foi a priori ? Outre la constatation que ces débordements scandaleux continuent de se multiplier en France, c'est bien la principale question qui serait à débattre aujourd'hui. Mass-media artistique Si comme le pensait McLuhan, le média c'est le message, que penser de l'installation Hipic ?Créé par un collectif d'artistes chinois (dont Yang Zhenzhong, Xu Zhen et Huang Kui), le projet lancé en septembre dernier propose la diffusion simultanée d'images sur toutes formes de support, à commencer par le web, en passant par des écrans géants, des téléviseurs ou des téléphones portables. Chaque minute, le serveur du projet envoie une image, puisée dans un stock que tout le monde peut approvisionner via le site officiel. Même si pour l'instant, les écrans ne sont disposés qu'en Chine, à Shangaï et Pékin en particulier, les créateurs du projet sont à la recherche de partenaires internationaux pour étendre le réseau de diffusion de Hipic. On ne trouve que très peu de commentaires sur la pensée à l'origine de ce projet, et il est donc assez difficile de définir s'il s'agit d'une initiative de diffusion sincère ou bien d'une critique imagée des mass-medias. Parce qu'au fond, la même chose, au même moment, sur tous les écrans, dans le monde entier, n'est-ce pas à peu de chose près ce qu'on appelle aujourd'hui la télévision ? Les acteurs des arts numériques s'organisentTelex : Diffuseurs, programmateurs de festivals et artistes en France se sont organisées en une fédération nationale, après l'annonce de la suspension des crédits alloués par le ministère de la Culture (DRAC) à l'art numérique. Ils proposent une série d'actions de concertation, comme une pétition. Aujourd'hui même avait lieu à Montreuil une journée de rassemblement et l'élection du Conseil d'administration. Enjeux :
Cf. Billets précédents sur Aeiou : L'art numérique mort-né et son bis. Plus d'info sur le site de la fédération Culture multimédia. Comment faire craquer une peau ?
Eclectisme à Evry Le Théâtre de l'Agora (scène nationale d'Evry) s'ouvre aux arts numériques à l'occasion, ce samedi 16 février, du premier "Circuit Eclectique", premier pas d'un plus vaste projet, Agoranum, encore en préfiguration.Au programme de ce samedi, installations et performances sur le thème très large du portrait. Avec entre autres les portraits robots de Tami Notsani et Laurent Mareschal, les vieillissements numériques d'Edouard Boyer ou encore le portrait cosmique de Joachim Montessuis qui transpose les vibrations des planètes du système solaire pour les rendre audibles. Retrouvez le programme complet en ligne ici. [En illustration, la performance "Vis à vis" du chorégraphe Christian Bourigault.] L'art numérique français mort-né (suite) L'article de Libération dont nous vous parlions ici continue de déclencher des réactions dans le petit monde de la culture multimédia.Il n'a d'ailleurs pas fallu attendre bien longtemps pour que les acteurs du numérique en France, animateurs, ECM, artistes, se regroupent et interpellent publiquement le Ministère de la Culture. Le 25 janvier dernier donc, la "Fédération nationale des acteurs de la culture multimédia" a été créée, un site ouvert et un planning de réflexion engagé. Le 31 janvier, ce regroupement publiait son premier communiqué sous la forme d'un appel déjà validé par près de 650 signataires. Et pour finir sur les dates, une assemblée générale est programmée à Paris le 18 février prochain, réunion sur laquelle on reviendra bien sûr, en espérant que des représentants du Ministère de la Culture feront le déplacement. [En illustration, vous aurez reconnu l'une des photos bien à propos d'Etienne Mineur.] Opéra pour acteurs et robots Comme on le disait ici, en France, pour concevoir des dispositifs numériques adaptés à la scène, on a le Dicréam.Aux Etats-Unis, et c'est un peu mieux, avouons-le, ils ont le MIT. Death and the Powers est un opéra en cours de création conçu par Tod Machover. Il raconte l'histoire d'un homme "qui se télécharge dans son environnement et fait l'expérience de la mort". Sur scène, des chanteurs, bien sûr, mais aussi un énorme dispositif robotique, dont les capteurs réagissent à la musique, à l'environnement, et aux êtres humains qu'ils croisent. La vidéo de présentation laisse songeur quant aux applications possibles d'une telle technologie, laquelle est un premier pas vers la dématerialisation complète de l'acteur. En effet, si des intelligences artificielles peuvent se déplacer, réagir et "inventer" en direct sur scène, à quand un théâtre sans comédien ? Et surtout : ce néo-théâtre sera-t-il vraiment moins inventif que celui conçu par des êtres de chair, de sang et de sueur ? [Note : souvenez-vous, les robots n'étaient pas encore une réalité scénique que déjà on avait déjà abordé cette problématique sur Flu, à l'occasion du spectacle King Lear de Travis Preston en 2003. Chronique ici.] L'art numérique français mort-néOn peut difficilement continuer à énumérer sur ce blog les nombreux projets internationaux dans le domaine des arts numériques, chercher tant bien que mal quelque chose à dire sur la production hexagonale, et passer sous silence la situation budgétaire catastrophique dans laquelle se retrouvent tous les foyers de création et de diffusion en France aujourd'hui.
![]() Financer l'art numérique Depuis quelques années, la France accuse un retard conséquent dans les systèmes de financement de l'art numérique. Entre deux chaises, faisant intervenir des disciplines variées (danse, théâtre, musique, audiovisuel), le multimédia en général n'a cessé de poser problème au Ministère de la Culture, lequel n'a jamais vraiment su quels types de subventions lui accorder. Créé au début de la décennie, le dispositif Dicréam est l'exemple symptomatique de cette situation. Ce fonds consacré à la production d'oeuvres multimédia s'est en effet étrangement retrouvé hebergé par le CNC (Centre National de la Cinématographie), alors que dans sa grande majorité, la production numérique avait plutôt tendance à explorer les champs du spectacle vivant, voire de l'art contemporain. Mais comme les budgets d'Etat consacrés au théâtre, à la danse ou aux arts plastiques, étaient déjà bien maigres, il était bien difficile de convaincre les professionnels de ces secteurs de partager un gâteau déjà peu garni. Certes, depuis 1998, le réseau ECM (Espaces Culture Multimédia) offrait aux artistes numériques des lieux de création et de diffusion adaptés, mais très largement financés par le système des emplois-jeunes, leur fonctionnement s'est rapidement retrouvé entravé quand les aides de l'Etat sont arrivées à échéance. Rappelons au passage que le dispositif emploi-jeune permettait à une structure de financer jusqu'à 70% du salaire d'un employé pendant 5 ans. Quand on connaît le modeste budget d'un ECM et l'importance de la masse salariale dans n'importe quel plan de financement, on comprend à quel point la pilule a été difficile à avaler. Or, pour maintenir l'activité des ECM malgré cette augmentation de frais de fonctionnement, le Ministère de la Culture concédait bien volontiers que rien n'avait été, ni ne serait jamais entrepris. Depuis quelques années, donc, l'objectif du dispositif ECM consistait essentiellement à réduire le nombre de labels accordés, délabéliser les structures les plus fragiles, tout en espérant que ceci pourrait assurer une sécurité relative aux plus efficaces d'entre elles. Un plan de sauve-qui-peut qu'on ne peut pourtant pas reprocher aux responsables de ce dispositif, tentant tant bien que mal de préserver aux moins quelques lieux avec le peu de financement dont ils disposent. Seul moyen actuel de développer une production et une diffusion d'oeuvres d'art numérique, les ECM étaient donc tout malgré tout voués à la disparition, et ce, malgré toutes les annonces pleines de bons sentiments des élus (nationaux et locaux), assurant vouloir "développer le domaine des nouvelles technologies, encourager l'innovation, blablabla"... Explication de texte C'est dans ce contexte déjà bien miné moralement que déboule Nicolas Sarkozy, pape de la rupture et de la libération de la croissance, avec dans ses bagages Christine Albanel dans le rôle de l'apôtre du patrimoine et de la vieille pierre. Pourtant, si les secteurs culturels traditionnels (spectacle vivant, arts plastiques, etc.) avaient de sérieuses raison de s'inquiéter, le domaine de l'art numérique pouvait au contraire nourrir quelques espoirs puisque au moins, le peu de discours de campagne du candidat Sarkozy qui parlaient de culture insistaient sur l'intérêt vital de développer le secteur des nouvelles technologies... afin d'être compétitifs, bien sûr. Ainsi, le théâtre allait sombrer, la danse se retrouver dans les MJC, l'art contemporain chez François Pinault, mais au moins, l'Etat allait donner un peu plus de moyens aux arts numériques. C'était d'ailleurs l'un des points évoqués dans la lettre de mission à Christine Albanel en août dernier, dans laquelle le président affirmait :
On y parlait certes toujours de vieilles pierres, mais la création contemporaine semblait elle aussi faire partie du voyage. Et la petite phrase, quelques pages plus loin, demandant à la ministre "d'accorder une attention particulière aux arts numériques interactifs" n'était pas pour déplaire aux acteurs du secteur. Sauf que tout ça était bien sûr trop beau pour être vrai, et qu'en fait d'arts numériques, c'était le mot "interactif" qu'il aurait fallu retenir, puisque juste après, la lettre précisait que "la France dispose d'un capital humain très recherché et de sociétés créatives dans le domaine du jeu vidéo et nous souhaitons que ce secteur soit intégré dans vos priorités". Les conseillers de Sarkozy avaient donc tout simplement confondu "arts numériques interactifs" et "jeux vidéo", et c'est ce léger déplacement sémantique qui a mené, ces derniers mois, aux coupes budgétaires décrites aujourd'hui par Libération. De la même manière que le spectacle vivant s'était vu amputé d'une grande partie de ses subventions, forçant le Ministère de la Culture à gracieusement lacher 35 millions d'euros devant la fronde que l'annonce avait suscitée, c'est donc aujourd'hui le monde de l'art numérique, déjà ridiculement embryonnaire pour un pays comme la France, qui se voit condamné à court terme. Et ceci n'a malheureuseent rien de bien étonnant puisqu'il suffit d'une phrase pour comprendre comment le gouvernement actuel, et son Ministère, traitent l'art en général :
Pas de chichis, ni de faux semblants. La culture est bel et bien considérée comme une entreprise qui se doit de faire des bénéfices, comme n'importe quelle autre, et si le public réclame Bigard, qu'on lui donne du Bigard, en prenant bien soin de ne pas lui faire découvrir autre chose. Les découvertes et la diffusion à grande échelle sont laissées aux marchands qui auront les moyens de se payer des fenêtres publicitaires sur TF1. Illustration : détail du visuel de la programmation du festival Tilt, année 2006. DR Disque dur en fleursBotanique et informatique font encore bon ménage. Outre l'aspect très esthétique de ce projet, Hard Flowers est surtout l'une des nombreuses réflexions qui occupent programmeurs et designers depuis bien longtemps : comment sortir de l'arborescence en dossiers imposée depuis longtemps par Microsoft (et Apple) ? Inspirée d'un mode de classement archaïque (le rangement du papier dans une armoire, imaginez...), le système fichier/dossier est toujours la solution de prédilection proposée par les principaux systèmes d'exploitation, quand pourtant celle-ci limite considérablement le potentiel d'organisation des données sur nos machines. Mais comme la révolution du classement n'est pas pour demain, ne reste plus qu'à attendre en regardant pousser nos belles plantes numériques.
Regarde moi parler Après le chat post-mortem d'hier, voici le chat pour de vrai.Passionné par les univers persistants (Second Life, WoW), et par l'influence que ceux-ci peuvent avoir sur leurs utilisateurs, Aram Bartholl conçoit des oeuvres qui transposent les interfaces de présentation et de communication dans le monde "réel". Ce furent d'abord des pancartes reprenant la police de World of Warcraft, à construire soi-même afin d'afficher son nom au dessus de sa tête, comme dans le jeu. Puis vint le t-shirt Second Life pour lequel aucune texture n'a été définie et sur lequel on devine l'alerte "Missing Image". Chacun de ces projets posait la question de nos rapports sociaux, bien différents en ligne que dans la rue. Ainsi l'affichage permanent de son patronyme dans les lieux publics, chose commune dans tous les univers persistants, s'avérait subitement devenir impudique une fois transposé dans notre monde physique. Poussant plus loin ce raisonnement sur l'intimité, le public et le privé, Bartholl a donc élaboré "Chat", un dispositif visuel et portable de discussion permettant à l'utilisateur d'afficher dans une bulle au dessus de sa tête le texte qu'il tape sur son clavier. Peu importe la nature de la conversation, celle-ci devient donc visible par tous ceux qui passent dans les parages, redéfinissant au passage les limites traditionnelles de notre conception de l'intimité et du secret. Si ces quelques projets peuvent paraître basiques, ou simplistes, ils sont pourtant un premier pas vers la redéfinition du réel qui s'amorce depuis quelques temps, au travers de la recherche autour des technologies de réalité augmentée. A ce propos, c'est Techno-sciences.net qui annonce aujourd'hui la conception de lentilles de contact pouvant afficher des informations textuelles et graphiques. Développé par l'Université de Washington, ce projet "Terminator" pourrait véritablement aboutir à une complète fusion des mondes réel et virtuel, et les réflexions d'Aram Bartholl devenir plus vite qu'on le croit des prophéties réalisées. Webchat avec Andy WarholLe 2 septembre 2007, l'artiste Oliver Laric a eu la chance d'interviewer Andy Warhol. ![]()
Changer l'énergie en penséeAvant que l'observation d'un phénomène naturel ne devienne une réalité scientifique, il se passe parfois beaucoup de temps.
Hypothèses et conjectures les plus folles peuvent surgir dans ces moments de doute où la raison lutte contre le mythe, la religion ou la peur. En tant que scientifiques et universitaires, Douglas Repetto, Tali Hinkis et Kyle Lapidus ont donc créé le projet Cross Current Resonance Transducer afin d'explorer cet instant, d'après eux le seul porteur d'esthétique et de philosophie, les plus grandes aspirations de l'Homme. ![]() La base de ce projet consiste donc à élaborer des dispositifs d'observations environnementales et d'utiliser les données recueillies à des fins qui n'ont rien de scientifique. Leur première réalisation, Bonding Energy, est une réflexion graphique sur les émissions solaires en différents points de l'état de New York. Les chercheurs-artistes ont ainsi conçu des "Sunsmile", petites stations météo enregistrant la luminosité ambiante et transmettant ces informations à un serveur central. Une fois enregistrées, les données sont interprétées graphiquement grâce à une application visible en ligne sur le site de turbulence.org jusqu'au mois d'octobre 2008. Quel intérêt scientifique à cette expérience ? Aucun. Et c'est clairement revendiqué par les auteurs qui ne cherchent ici que des images, des pensées, et tout ce que pourra évoquer, chez eux et le visiteur, la pratique de captation de l'énergie solaire. En plus de transmettre des données, les Sunsmile sont en effet aussi de petits convertisseurs d'énergie qui s'auto-alimentent, ajoutant à l'aspect purement graphique du projet une dose d'utopie écologique. Murmures dans la nuit "L'un la poupée de L'autre" est une performance d'Annie Abrahams et Nicolas Frespech, donnée à l'occasion du dernier Flash Festival, au Centre Georges Pompidou à Paris.Installés dans deux tentes igloo séparées de quelques mètres, les deux artistes se parlaient par webcams interposées et développaient ainsi une relation d'intimité à distance. Figurant l'évolution de nos rapports sociaux, beaucoup plus débridés et décomplexés en ligne que face à face, les demandes perpetuelles de l'un à l'autre mettent aussi en lumière une certaine forme de soumission dont nous sommes capables, à condition que celle-ci soit validée par la technologie. Pacte de pouvoir entre deux participants, l'un obéissant aux injonctions de l'autre, ce contrat d'intimité nous renvoie aussi aux jeux de l'enfance, et le ton calme et rassurant des artistes évoque les expériences relationnelles que nous explorions, enfants, une fois les lumières éteintes. Au lieu du noir et de la sécurité relative d'une chambre close dans laquelle les adultes n'entreront plus, c'est ici la webcam qui fait office de gardien de la relation et de libérateur des inhibitions. Par ce simple procédé, on en apprend donc beaucoup sur la manière dont la technologie (la webcam et internet, mais aussi le SMS et le téléphone en général) est devenue un outil de communication, en même temps que de protection contre l'autre, autorisant des pratiques auxquels on ne se livrerait jamais autrement, tout en interdisant de fait l'accomplissement charnel de la relation. Cette performance s'est déroulée le 26 mai 2007. Alors pourquoi en parler maintenant ? Tout simplement parce que le film complet, split-screen Warholien par excellence, vient d'être mis en ligne et téléchargeable gratuitement jusqu'au 15 février. Pour ce faire, rendez-vous sur cette page (login : fan / mot de passe : puppet). Fringues RSS Dans les années 80, le slogan de t-shirt est devenu un art à part entière, en même temps qu'un commerce juteux. Afficher sur son torse ou son dos une petite phrase bien sentie témoignait de votre sens de l'humour, ou bien de votre pouvoir d'auto-dérision, parfois même de votre grand militantisme. Car c'était bien une époque où on pouvait passer pour un militant acharné et à la fois arborer un vêtement sorti tout droit d'une sordide usine taïwanaise.Mais le millénaire est passé par là, et avec lui la conscience des réseaux de production et de distribution. Ainsi, il devenait difficile de paraître spécial aux yeux des autres en revêtant un produit distribué à un million d'exemplaires. Et comme on a vu apparaître le web 2.0, et son cortège d'outils destinés à mettre le consommateur au centre de son propos, la conception de t-shirt s'est elle-aussi orientée vers l'acheteur et son imagination débordante. Aujourd'hui, on ne compte plus le nombre de sociétés qui proposent de concevoir soi-même son propre t-shirt, se contentant de fournir une dizaine de slogans rigolos au seul titre d'exemple. Pourtant, nous le savons tous, le web 2.0 a ses limites, et beaucoup de blogs ne sont finalement que de petites fontaines à RSS captant le contenu d'autres blogs, eux-mêmes alimentés par d'autres flux, en une boucle vide présentant au visiteur l'illusion parfaite de la personnalisation. Alors que reste-t-il à dire en ligne ? Et a fortiori, sur nos t-shirts ? Ebru Kurbak et Mahir M. Yavuz apportent un début de réponse avec leur projet Newsknitter, présenté au dernier festival Ars Electronica. Littéralement "tricoteur d'infos", leur système capte sur une période donnée des flux RSS d'informations pendant qu'un logiciel change ces données brutes en éléments textuels et graphiques. ![]() Le résultat de ce travail a donné 10 pulls uniques représentant chacun une photographie de l'actualité à un moment t. Mais au-delà du processus, simple à comprendre, les deux artistes ne sont-ils pas en train de témoigner, par le vêtement, d'une pratique déjà largement utilisée par la blogosphère : utiliser la matière informative pour en faire un objet esthétique qu'on arbore comme une création personnelle, et ce, même si au passage, on en a totalement fait disparaître le sens initial ? Montagnes de peur Le projet Mount Fear, conçu par l'artiste anglaise Abigail Reynolds, utilise les statistiques de crimes d'une ville donnée pour modéliser des lignes de niveaux cartographiques, et donc un paysage.Ces "montagnes de peur" sont ensuite réalisées et exposées, comme autant d'images abstraites de la violence, chaque crime, déshumanisé, ne servant qu'à élever un peu plus l'édifice, comme une simple couche sédimentaire. En illustration, la montagne générée à partir des chiffres d'attaques armées dans les quartiers sud de Londres entre 2001 et 2002. John Maeda (part V)Note : cinquième billet d'Etienne Mineur consacré au design interactif. La totale : ici. John Maeda Quelques exemples de ses réalisations graphiques : © John Maeda Il faut aussi savoir que John Maeda est d'origine japonaise, il a fait ses études aux États-Unis au MIT en tant qu'ingénieur, puis il est reparti étudier dans son pays d'origine dans une école d’Art, la Tsukuba university institute of art and design.
Portrait sonique Après les mails, nouvel exploration du portrait assisté par ordinateur réalisé par Marcin Ramocki.Sur une grille de lecture d'échantillons MIDI, l'artiste a dessiné son visage. Ca paraît simple et inutile, mais en y réfléchissant, peut-être que dans leur quête du système de reconnaissance biométrique parfait, les sociétés de surveillance dans lesquels nous vivons finirons par nous assigner une mélodie personnelle à chacun, comme un code ADN musical. Et on sera fliqué, observé, prisonnier, mais ce sera si poétique ! E-mail à la carteChristopher Baker utilise les mails depuis 1998.
10 ans donc, que son disque dur accumule les messages de ses connaissances et collègues de travail, qu'il sauvegarde précieusement. Ces 60000 mails, étalés sur une décennie, racontent son histoire, personnelle et professionnelle, et dessinent son portrait, au travers de l'évolution de ses relations. C'est pour mettre en évidence cette image de lui-même qu'il a conçu "My Map", une application programmée en Java qui analyse les champs From:, To:, CC:, et CCI: de chacun de ses mails pour concevoir une représentation graphique de son évolution relationnelle. ![]() Si l'artiste reconnaît que l'image est incomplète, puisque le logiciel n'analyse pas le corps du message, le projet est tout de même assez précis pour dévoiler, au travers des limitations temporelles de la recherche (ex : à qui j'écrivais entre 2001 et 2002 ?), la construction et les mutations de son "réseau social" intime. [Vidéo de présentation visible sur le site de l'artiste.] La Bible vue du cielA quoi ressemblait la crucifixion de Jésus sur le Golgotha ? Et voyait-on du ciel l'écartement de la Mer Rouge par Moïse ?
A l'occasion, en décembre dernier, de la dernière exposition Pulse (sorte de mini-FIAC étalée sur trois villes, Miami, New-York et Londres), le collectif australien The Glue Society a tenté de répondre à ces questions en proposant une version "Google Earth" de ces scènes de la Bible. ![]() Même si le parti-pris artistique semble interroger l'outil satellite en le qualifiant de "point de vue de Dieu", cette série de photos mêlant science moderne et mysticisme religieux a tout de même de quoi se faire poser d'autres questions, surtout quand on sait à quel point les adeptes du créationnisme ou de l'intelligent design trouvent de plus en plus d'échos dans les cercles intellectuels contemporains. Sans remettre en cause la bonne foi (hum) de ces artistes, il conviendrait peut-être d'être bien plus vigilants quant à l'utilisation d'outils scientifiques avancés pour appuyer, volontairement ou non, des thèses purement religieuses. Le mélange des genres, dans ce genre de cas, n'est peut-être pas aussi rigolo qu'il y paraît... [Via le top 10 2007 de Creative Review qui avait publié les autres scènes (Adam et Eve dans le jardin d'Eden, l'arche de Noé) en décembre.] 1000 jours de peinture![]() Projet de dessin électronique collaboratif, le site propose d'apporter sa touche à une oeuvre en perpetuel changement. Quelques règles définissent le cadre des interventions, comme la palette de couleurs ou la taille des pinceaux, qui changent en fonction des jours de la semaine, ainsi que quelques règles spéciales qui apparaissent au fur et à mesure du projet. Pour ses 1000 jours d'existence, le projet fait l'objet d'une édition DVD. Un peu tard pour le recevoir pour Noël, mais sait-on jamais, les plus téméraires tiennent peut-être là un cadeau DVD qui changera de l'édition spéciale du blockbuster de l'année. Botanique médiatique Pas franchement nouveau, mais toujours aussi poétique, le PacketGarden de Julian Oliver, media-artiste néo-zélandais travaillant à Madrid, vous permet de changer toutes vos transmissions de données sur le web en jardin virtuel. Moyennant l'installation d'une petite application, toutes vos communications up et down sont enregistrées et la modélisation transforme chaque adresse IP en une plante qui pourra grandir en fonction du traffic qu'il lui est associé.Pour un simple surf sur le web, vous verrez donc apparaître autant de plantes que de sites visitées, à peu près toutes de la même taille, mais si par exemple vous vous mettez à télécharger une vidéo très lourde, la plante pourra se changer en bel arbre. Le logiciel prend en compte tous les protocoles (http, ftp, pop, etc.), et après quelques heures de capture, votre plante "mail" risque donc elle-aussi de constituer le clou de votre collection botanique. A la vision de cette application, on se prend à rêver à ses éventuels développements, où les plantes pourraient par exemple entretenir des échanges gazeux avec leur environnement, permettant l'apparition d'autres formes de vie à la surface de ce monde désertique, tout ça par le simple échange d'informations sur un réseau. Mille et une histoires "Dans un pays lointain, un homme meurt. Son épouse éplorée parcourt les continents pour y trouver une raison de continuer à vivre. Chaque soir, un étranger lui raconte une histoire pour apaiser sa peine."Ainsi commence le projet 1001 Nights Cast de l'artiste australienne Barbara Campbell, le 21 juin 2005, avec pour objectif de rassembler mille et une histoires, pendant mille et une nuits. Demain 7 décembre, heure de Sydney, sera publiée la 900e histoire, et il n'en restera plus que 101 avant la fin de cette imposante performance collaborative, dont l'auteur aura traversé des dizaines de pays à la recherche de "bonnes nouvelles". La grande majorité des histoires proposées par les participants sont en effet de courts récits adaptés d'articles de presse, censés réconforter le coeur brisé de la jeune femme. On ne peut qu'être admiratif devant cette Shéhérazade des temps modernes, prolongeant sur une si longue durée son expérience quotidienne, où le suspens décomposé s'étire sur plusieurs années. Est-ce qu'à l'instar du conte originel des Mille et une nuits, le sultan finira par épargner la belle ? Mais pour commencer... qui est donc le sultan ? Dégradation numériqueL'incontournable blog VVORK vient de proposer une sélection thématique passionnante sur la dégradation numérique due à des compressions multiples.
Ca commence par le travail de Cory Arcangel sur le titre "Number of the Beast" de Iron Maiden. Partant d'une numérisation originale, l'artiste a compressé au format mp3, à 666 reprises le fichier original. Si on connaît tous le résultat sonore de ce type d'opération, ce qu'on ignore, ce sont les éventuels effets démoniaques qu'elle pourrait provoquer. Car comme chacun sait, cela fait longtemps que le Démon a pris possession du support numérique.Du côté de l'image, même type de démonstration par Claire Evans, qui a compressé des centaines de fois au format jpg une citation du bouquin de Douglas Davis prétendant que le numérique permet à une oeuvre d'être reproduite à l'infini sans perte de qualité. Digital Decay III, ci-dessous : Enfin, dernier exemple pictural, mais qui cette fois utilise le filtre "Find Edge" de Photoshop, appliqué des centaines de fois à 3 simples lignes rouge, verte et bleue.A la vision de ce Borders and Boundaries, réalisé par Charles Broskoski, on n'est pas loin des expériences d'environnements mathématiques à croissance exponentielle, ou plus fort encore, de la 2e loi de la thermodynamique qui exige que "toute transformation d'un système s'effectue avec augmentation de l'entropie globale". Alors comme ça, Photoshop serait un instrument du chaos, et on n'est même pas au courant ?? MediaRuimte x50Posté par Troudair le 27.11.07 à 08:47 | tags : log out, media art, architecture, musique, arts visuels, vidéo
Demain soir, à Bruxelles, on célébrera le cinquantième mois de programmation de la galerie MediaRuimte, dirigée par le très bon collectif LAb[au].
Evoluant à la frontière du design, de l'urbanisme, de l'architecture et de l'art numérique, LAb[au] est en particulier responsable de la monumentale installation lumineuse sur la Dexia Tower de Bruxelles, où chaque fenêtre s'est changée en pixel, permettant tous les jeux possibles sur la surface de cette structure 3D géante. Après avoir mis à disposition du public une interface permettant de changer en temps réel les formes et couleurs du batiment, c'est en ce moment le projet "Who's affraid of red, green and blue" qui habille la tour en la faisant changer de couleur en fonction de la température ambiante. ![]() Demain, à MediaRuimte donc, pour fêter la fin de l'exposition Digital Territories - Climatics ainsi que le presque anniversaire de la galerie, LAb[au] propose une soirée de taille avec la performance Synchronator suivie d'un live de l'excellent Blevin Blectom du duo Blectom from Blechdom (vidéo ci-dessous). A noter que le Synchronator de Gert-Jan Prins et Bas van Koolwijk sera visible en France, aux Instants Chavirés, ce jeudi 29 novembre. Falling Times : la chute de l'infortainment en temps réel
" Une façon très design de lire la presse... " nous prévient Sigismund. Merci à lui pour le lien ! |
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